Existe-t-il un profil-type ?

Si la réponse était oui, cela serait trop simple. Si vous regardez autour de vous et que vous observez des entrepreneurs, vous constaterez qu’il y en a des grands, des petits, des minces, des gros, des colériques, des calmes, des visages ouverts, des visages fermés, et, bien sûr, des hommes, des femmes.
De nombreuses études on été réalisées sur le profil des entrepreneurs. Il en résulte que ce qui est commun entre ceux qui entreprennent, ce n’est pas l’un ou l’autre trait de caractère – gourmandise, égoïsme, émotivité -, mais bien un ensemble de traits de comportement dans l’action.
Ces traits de comportement sont le lot commun des entrepreneurs qui réussissent. Alors, testez-vous! S’il vous en manque un ou deux, ce n’est pas trop grave, d’autant que vous pouvez peut-être les acquérir. S’il vous en manque trop, le chemin risque d’être bien difficile.

1. Principaux traits de comportement

– Energie et dynamisme

C’est l’indispensable. Il en faut, beaucoup… On ne devient pas entrepreneur et, surtout, on ne réussit pas dans cette fonction si le temps de travail est celui des accords professionnels.
On n’est pas entrepreneur à temps partiel ! Créer une entreprise représente un effort important, mobilisateur de temps, d’énergie. La développer de même. Donc, pour le candidat créateur, la conviction que le travail – mais est-ce encore du « travail » ? – ne manquera pas. Un entrepreneur a déclaré un jour : « Je n’aime pas le travail, personne ne l’aime, mais j’aime ce qui est dans le travail, la chance de se trouver soi-même ».
Ceci a une conséquence : se conforter dans une vocation d’entrepreneur passe par l’appui de l’entourage immédiat : conjoint, famille, cercle d’amis. Eux aussi vont devoir comprendre et accepter qu’une flamme nouvelle brûle en vous.

– Confiance en soi

Comment un investisseur accepterait-il de placer des fonds dans une affaire gérée par quelqu’un qui n’aurait pas confiance en lui-même ? Mais attention, confiance en soi signifie aussi capacité à se remettre en cause et à analyser avec réalisme les événements et les faits. Confiance en soi ne veut pas dire confiance qu’en soi. Détermination, oui. Obstination, elle est vite mal placée.
Une des causes fréquentes de faillite, c’est d’être sourd aux avertissements que donnent les faits. A ceux que leur lumière intérieure aveugle de régler le potentiomètre !

– Capacité à intégrer le long terme

Créer une entreprise, une organisation, ce n’est pas comme la création artistique. Il faut, dans le présent, développer un ensemble d’actions qui n’auront un sens que plus tard. Pas de création d’entreprise réussie sans capacité à imaginer demain, sans perception de la durée, sans vision du moyen et du long terme. L’entrepreneur a des objectifs qui sont situés dans le futur. Tout ce qu’il va faire aujourd’hui aura une conséquence demain… Entrepreneurs, le futur vous concerne tous les jours.

– Capacité à résoudre de multiples problèmes

Pas de création d’entreprise hors la nécessité de surmonter des difficultés de tous ordres. Si vous n’aimez pas les problèmes, si en traiter plusieurs en même temps vous fait perdre vos moyens… abstenez-vous. Et puis, sachez qu’il ne faut pas seulement les résoudre dans sa tête, théoriquement. Il faut mettre les solutions en œuvre, souvent avec d’autres personnes. Il ne faut pas non plus transformer tout en problème, surtout que ce qui est un problème pour vous n’en est peut-être pas un pour un conseiller d’un organisme qui peut vous assister dans votre démarche… ou pour un de vos (futurs) collaborateurs.

– Acceptation de l’échec

L’échec fait partie de la réussite. Pas d’œuvre humaine sans revers ou déconvenue. Souvent d’ailleurs, pour le vrai entrepreneur, l’échec, l’erreur, le revers est source de remise en question, de détection de nouvelles opportunités et donc de réussite ultérieure.

– Mesure dans la prise du risque

L’entrepreneur n’est pas un joueur. Il sait qu’il ne peut s’enrichir en faisant un coup comme le joueur. L’entrepreneur prendra des risques longuement appréciés, calculés, qui sont dans une perspective à moyen ou long terme. Il tient à la survie de l’entreprise qu’il a créée. Il ne va pas « jouer » son existence tous les matins.

Finalement, l’entrepreneur ne compte pas sur le coup de chance qui se répète. Il sait que le succès sera surtout au bout d’un long effort, d’un long travail, d’une réévaluation permanente de sa propre action… plutôt qu’au bout d’une baguette magique. A noter que, comme l’entrepreneur a confiance en lui, il n’est pas en permanence tracassé par la sécurité de son emploi ; d’où une liberté de pensée et d’action qui n’est pas donnée à tout le monde.

– Ouverture à l’innovation et à la création

Pour qu’une entreprise survive, il faut qu’elle évolue : dans ses produits, dans ses structures, sur le plan social. D’où la nécessité d’une ouverture généralisée à l’innovation. Etre à l’écoute, savoir analyser l’information et disposer de l’énergie nécessaire à la mise en œuvre de nouvelles orientations seront les clés du développement de toute entreprise.

– Capacité à assumer un leadership

Entreprendre, c’est créer une organisation d’abord très simple, mais que l’évolution positive de l’entreprise va conduire vers une structure de plus en plus complexe. Diriger cette organisation, c’est assumer un « leadership » ; rapidement, cela signifiera aussi d’être reconnu comme « leader » par l’équipe qui se crée autour de l’entrepreneur. Donc, capacités d’animation, d’entraînement dans l’action, d’arbitrage des conflits, d’adaptation des structures seront nécessaires.

2. Les grands modèles d’entrepreneurs

On distingue généralement trois modèles d’entrepreneur : l’entrepreneur inventeur, l’artisan, le manager. Arrêtons-nous quelques instants à chacun des modèles.

– L’entrepreneur inventeur

Il a son image d’Epinal avec Bernard Palissy brûlant ses meubles dans le four destiné à mettre au point sa fabrication d’émaux. On évoque aussi souvent l’inventeur « isolé ». Images révélatrices. L’entrepreneur inventeur est celui qui veut vivre de son invention, de sa découverte, de sa mise au point. Son approche procède souvent d’une conviction indéfectible quant à l’importance de sa découverte. Avant une perspective de lucre, l’inventeur met en avant le besoin que l’on reconnaisse son génie.

– L’entrepreneur artisan

Cette fois, il ne s’agit plus d’inventer un produit, un service, mais plutôt de partir d’une maîtrise, d’un savoir-faire manuel ou intellectuel et de mettre ce savoir-faire à la disposition de tiers.
Ici encore, ce ne sont pas les capacités de gestionnaire qui ont présidé à la création d’une activité nouvelle : c’est la conviction qu’une certaine manière de faire, que la maîtrise acquise dans un domaine, permettent de s’affranchir d’un lien de subordination pour devenir soi-même « patron » – cela va du menuisier au consultant, en passant par le spécialiste en mécanique ou en entretien de jardin.
Le point commun est le démarrage par la création d’un « atelier », d’une équipe qui applique des règles, des méthodes, qui utilise des « outils » bien connus de l’entrepreneur.
L’entrepreneur artisan travaille en terrain connu. Le produit, le service n’est pas une innovation en soi, c’est la copie d’un produit, d’un service qui existe déjà, assaisonné d’une plus ou moins grande originalité d’adaptation au marché qui, lui aussi, peut être cerné avec une bonne précision.
Les besoins de financement sont plus faciles à évaluer et aussi plus faciles, généralement, à trouver.

– L’entrepreneur manager

C’est celui qui a vocation de développer sans cesse l’entreprise qu’il crée. Il sait ce qu’est une entreprise pour y avoir vécu diverses expériences professionnelles. Il connaît la plupart des notions qui constituent les thèmes du management, même si les concepts ne sont pas toujours bien assimilés. Locomotive, il tire son entreprise et l’entraîne toujours plus loin. Il est finalement plus intéressé par l’action – diriger, gérer – que par les produits ou les marchés qui sont l’objet de son action.
Son problème, c’est souvent de trouver un projet qui tienne la route et auquel appliquer son énergie. On peut le trouver comme « repreneur d’entreprise ».

– Les profils mixtes

Trois modèles stéréotypes viennent d’être évoqués. Vous ne vous êtes senti à l’aise, vous – futur entrepreneur – dans aucun de ces moules. C’est parce que vous appartenez à un modèle mixte.
Vous n’êtes sans doute ni un inventeur pur, ni un artisan pur, ni un manager pur. Mais, selon les éclairages que l’on donne à votre projet et à votre personnalité, il y aura des dominantes. Les identifier, c’est déjà mieux vous connaître et donc mieux cerner vos atouts et faiblesses.

3. Homme ou femme ?

Actuellement, 10 % des créateurs d’entreprises sont des femmes, la proportion étant plus élevée dans le commerce et nettement plus faible dans l’industrie. C’est dire le décalage, en cette matière, entre la situation des hommes et celle des femmes, tout à fait semblable, bien entendu, à celle de l’occupation d’emploi de cadres dans l’industrie, le commerce, l’administration.

Mais les choses changent. Si l’on observe ce qui se passe dans les écoles de gestion ou de management aux USA et maintenant en Europe, on constate que les femmes commencent à y occuper la même place que les hommes – l’évolution a été très importante au cours des dix dernières années. Comme on sait par ailleurs que l’âge moyen des entrepreneurs est de 35 ans, on peut s’attendre à une poussée significative du nombre de créatrices d’entreprises.
Là où l’on dispose de recul et de statistiques suffisantes, aux USA, des études ont été conduites pour savoir si les femmes se comportent différemment des hommes en matière de gestion d’entreprise. Quant à nous, en Wallonie, c’est du mode d’approche de leur projet que quelques enseignements, quelques tendances ont pu être tirées.

Dotées d’une bonne intuition, parfois plus réalistes que les créateurs, les créatrices sont incontestablement douées d’une énergie considérable, peut-être plus contenue que celle des créateurs, mais de cette énergie qui permet de tracer son chemin et de surmonter bien des obstacles.

Souvent aussi, nous les trouvons plus conscientes que les hommes de leurs lacunes et plus attachées, par conséquent, à les combler. Plus souvent que pour les hommes, les femmes sont confrontées dans leur vie quotidienne aux aspects pratiques, terre à terre des choses. Devenues créatrices, elles ont tendance à demeurer plus concrètes, plus réalistes et finalement moins rêveuses. Là où l’homme a le regard fixé sur le sommet, sur l’exploit, elles excelleront plus que lui à établir les camps de base.

Et lorsqu’elles sont managers et que les choses tournent mal, il semble qu’elles s’en tirent mieux que les hommes, car elles maîtrisent mieux les situations où l’échec est latent.

Lapidairement, on pourrait conclure que, si le temps est beau, il faut prendre un capitaine-homme pour aller vite mais qu’il vaut mieux un capitaine-femme si les éléments sont contraires. A chacun de confronter cette formulation avec sa propre expérience.

 

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